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Qui est L.P. Promenheur, ce peintre hors système qui intrigue Paris ?

L.P Promenheur est un peintre du dehors. Il ne s’enferme pas dans l’atelier, il ne construit pas une œuvre à distance du réel : il la capte dans le flux, dans la rue, dans ce que la plupart des artistes évitent, le banal, l’ordinaire, presque le rien. Il revendique même une forme de disparition sociale, une position basse, volontairement sans éclat, comme s’il fallait d’abord cesser d’exister pour commencer à voir. Cette idée, centrale chez lui, traverse toute sa pratique : il ne s’agit pas d’affirmer une présence, mais au contraire de s’effacer derrière ce qui est regardé.

Ce qu’il peint est à l’image de cette posture. Des chiens, des vieillards, des toits, des feuilles, motifs pauvres, répétitifs, sans hiérarchie apparente. Rien de spectaculaire, rien de démonstratif. Et pourtant, à force de revenir sur ces formes modestes, il construit une œuvre cohérente, presque obsessionnelle, où la répétition devient langage. Chez L.P Promenheur, il n’y a pas de progression narrative, pas de rupture stylistique visible, il y a une insistance. Une manière de tourner autour des mêmes figures jusqu’à en épuiser le sens.

Le choix des supports prolonge cette logique. Il peint presque exclusivement sur du carton récupéré. Non pas comme un geste militant ou conceptuel, mais comme une évidence. Travailler sur ce qui reste, sur ce qui traîne, sur ce qui n’a pas de valeur. Il y a là une forme de refus implicite du marché, ou du moins de ses codes habituels. Le matériau est pauvre, fragile, provisoire, comme si l’œuvre elle-même ne devait pas prétendre à la durée.

Cette économie se retrouve aussi dans la couleur, ou plutôt dans son absence. Les œuvres de Promenheur sont souvent réduites à des tonalités limitées, parfois presque monochromes. Il ne cherche pas l’effet, il cherche la justesse. Et surtout, il enlève. Il parle lui-même d’un processus de blanchiment, consistant à recouvrir, à effacer, à simplifier. Là où beaucoup ajoutent, lui retire. Cette idée qu’il formule, “le talent est le fruit de la décision restrictive”, pourrait servir de clé de lecture à l’ensemble de son travail. Peindre, pour lui, ce n’est pas accumuler, c’est choisir ce qui mérite de rester
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Ce rapport au retrait se prolonge jusque dans sa manière de penser le temps. Promenheur ne date pas ses œuvres. Non par négligence, mais par principe. Il affirme n’avoir jamais peint de tableau “récent”, comme si chaque image devait échapper à la chronologie, se situer hors du flux de l’actualité et de la production. Ce refus de l’inscription temporelle est aussi un refus du marché, qui fonctionne précisément sur la nouveauté, la série, la progression.

Et pourtant, malgré cette position marginale, il n’est pas totalement absent du monde de l’art. On retrouve sa trace dans certaines expositions collectives, notamment à Paris, où il apparaît comme une figure discrète mais réelle, circulant à la périphérie des réseaux officiels sans jamais s’y installer pleinement. Une présence en creux, fidèle à sa logique.

Ce qui frappe enfin, c’est que Promenheur est peut-être autant écrivain que peintre. Sa manière de formuler, ses aphorismes, ses références littéraires disent une pensée avant de dire une image. Comme si la peinture n’était qu’une extension du regard, lui-même nourri d’une réflexion plus large sur la place de l’individu, sur la disparition, sur la possibilité même de créer sans se mettre en avant.

L.P. Promenheur ne cherche pas à être vu, et c’est sans doute pour cela qu’il mérite de l’être. À contre-courant total d’une époque obsédée par la visibilité, il propose autre chose : une pratique du retrait, de la lenteur, de l’attention. Regarder le monde, en extraire des fragments, enlever plutôt qu’ajouter, et accepter, au fond, que l’œuvre la plus juste est peut-être celle qui ne fait pas de bruit.

@fredvignale

Happening artistique du peintre Lp Promenheur dans les rues de paris.

♬ MI CHIQUITA - Alexander McCabe

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Mis en avant

Banksy démasqué ? Robin Gunningham, ou la fin d’un fantôme

Mais voilà que le réel, une fois encore, tente de rattraper le mythe.
Depuis plusieurs années déjà, un nom circule avec insistance : Robin Gunningham. Un Britannique originaire de Bristol, ville-matrice du street art anglais, où Banksy a lui-même émergé dans les années 1990. Longtemps, cette hypothèse est restée à la frontière du soupçon, nourrie par quelques coïncidences troublantes : des trajectoires géographiques qui se superposent à l’apparition des œuvres, des témoignages d’anciens proches, une silhouette entrevue ici ou là, des habitudes communes. Rien de décisif, mais suffisamment pour alimenter la légende inverse, celle d’un artiste que l’on finirait par démasquer.

Aujourd’hui, le faisceau s’épaissit. Des enquêtes journalistiques récentes, plus rigoureuses, croisent des données, des archives, des éléments administratifs, et dessinent un portrait de plus en plus cohérent. Une arrestation ancienne à New York, au tournant des années 2000, pour dégradation de biens publics, mettrait en scène un certain Robin Gunningham dans un contexte directement lié à une intervention attribuée à Banksy. D’autres indices s’ajoutent : l’usage passé du pseudonyme “Robin Banks”, presque trop évident pour être ignoré, des changements d’identité supposés, des déplacements correspondant à des œuvres apparues aux quatre coins du monde. Le puzzle, pièce après pièce, commence à ressembler à une image.
Et pourtant, rien n’est confirmé. Rien ne le sera sans doute jamais.

Car Banksy ne se résume pas à une identité civile. Réduire Banksy à Robin Gunningham, ce serait confondre un homme et une construction. Ce serait oublier que l’anonymat, ici, n’est pas un accident mais une stratégie. Une décision artistique aussi forte que le trait noir qui découpe ses figures sur les murs. Banksy a compris très tôt que, dans une époque saturée d’images et de visages, disparaître pouvait devenir la forme la plus radicale de présence.

C’est là que l’affaire devient intéressante. Car même si Robin Gunningham est Banksy, ou a été Banksy, cela ne résout pas tout. Depuis longtemps, certains soupçonnent une structure plus complexe : un collectif, une organisation, une œuvre à plusieurs mains dirigée par une seule vision. Des proximités avec d’autres artistes, notamment dans la scène musicale de Bristol, renforcent cette idée d’un Banksy élargi, presque diffus. Un nom qui serait moins une personne qu’un dispositif.

Et au fond, c’est peut-être cela que cette “révélation” vient troubler : notre besoin d’incarner ce qui nous échappe. Nous voulons un visage, une biographie, une histoire à raconter. Nous voulons ramener le mystère à quelque chose de connu, de stable, de rassurant. Mais Banksy s’est construit précisément contre cela. Il est l’artiste qui échappe, qui glisse, qui refuse la capture.

Soyons lucides : si Banksy devient officiellement Robin Gunningham, quelque chose se fissure. Le marché s’ajustera, les médias s’emballeront, les biographies se vendront. Mais une part de la puissance symbolique disparaîtra. Car Banksy, jusqu’ici, était plus qu’un artiste : il était une idée. Une rumeur permanente. Une présence sans corps.

Et c’est peut-être là que réside sa véritable force.

Car même démasqué, Banksy restera insaisissable. Parce que son œuvre n’a jamais dépendu de son identité. Parce que ses images parlent plus fort que son nom. Et parce qu’au fond, ce que nous aimons chez lui, ce n’est pas de savoir qui il est, c’est précisément de ne pas le savoir

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Mis en avant

Pourquoi la diabolisation médiatique peut renforcer un parti politique

Pourquoi ? Parce qu’une partie croissante de l’opinion ne voit plus les médias comme des arbitres neutres mais comme un acteur du système. Lorsqu’un parti est présenté comme infréquentable, extrême ou indigne d’exercer le pouvoir, ses électeurs peuvent interpréter ces attaques comme la preuve qu’il dérange réellement les élites. La critique devient alors un label d’authenticité. Dans cette logique, être combattu par les journalistes, les éditorialistes ou les commentateurs politiques signifie que l’on dit peut-être tout haut ce que certains pensent tout bas. La diabolisation produit ainsi un phénomène de retournement : ce qui devait disqualifier devient un signe de courage politique.

Ce mécanisme s’appuie aussi sur une émotion très forte : le sentiment d’injustice. Lorsqu’un parti est présenté de manière caricaturale ou constamment associé à des jugements moraux, ses sympathisants peuvent se sentir méprisés ou insultés eux-mêmes. Ils ont alors tendance à se solidariser encore davantage avec le mouvement qu’ils soutiennent. La critique extérieure soude le groupe. Elle renforce la fidélité des électeurs et transforme le vote en acte de résistance. Le bulletin de vote devient presque un geste de défi face à un système perçu comme hostile.

À cela s’ajoute un élément déterminant de notre époque : les réseaux sociaux. Autrefois, les médias traditionnels détenaient largement le monopole du récit politique. Aujourd’hui, un parti attaqué peut immédiatement retourner l’accusation, diffuser sa propre version des faits et mobiliser ses sympathisants en quelques heures. Chaque polémique, chaque attaque, chaque scandale médiatique devient une opportunité de mobilisation. L’indignation circule plus vite que l’analyse et la colère se transforme en énergie militante.

Ce cercle est désormais bien connu. Plus un parti est critiqué, plus il attire l’attention. Plus il attire l’attention, plus il mobilise ses électeurs. Et plus il mobilise ses électeurs, plus les médias parlent de lui. La diabolisation devient alors une machine paradoxale qui nourrit la visibilité de ceux qu’elle prétend marginaliser.

Bien sûr, cela ne signifie pas que la critique médiatique fait gagner un parti à elle seule. Les crises économiques, la défiance envers les institutions, la fatigue démocratique ou le sentiment d’abandon de certaines catégories sociales jouent un rôle central. Mais dans ce contexte déjà fragilisé, la diabolisation agit comme un accélérateur. Elle transforme une force politique contestée en symbole de rupture.

C’est peut-être là la grande mutation politique de notre époque : l’autorité morale des médias n’est plus suffisante pour disqualifier un mouvement. Dans un monde saturé d’informations, de réseaux et de récits concurrents, une condamnation peut être retournée en médaille. Et parfois, plus un parti est présenté comme un danger, plus certains électeurs ont envie d’essayer.

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Analyse et société

Politik

La grande désillusion de Sarah Knafo aux municipales de Paris

Dès l’annonce de sa candidature en janvier 2026, Sarah Knafo promettait « une ville heureuse », slogan destiné à moderniser l’image d’un camp souvent perçu comme austère. Très présente dans les médias, elle a tenté d’incarner une nouvelle génération politique : jeune, médiatique, très active sur les réseaux, et déterminée à rompre avec la domination de la gauche sur la capitale. Pourtant, malgré cette visibilité, les sondages la situent loin derrière les principaux favoris, notamment Emmanuel Grégoire et Rachida Dati.

La première désillusion tient au poids sociologique de Paris. La capitale vote majoritairement pour des forces progressistes depuis plus de vingt ans. Dans une ville marquée par la gentrification, l’écologie urbaine et une forte population diplômée, les propositions de sécurité accrue, de retour de la voiture ou de libéralisation du logement ont du mal à convaincre un électorat très urbain et souvent hostile aux discours identitaires.

Deuxième obstacle, la fragmentation de la droite. Entre Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel, Thierry Mariani et Sarah Knafo, le camp conservateur arrive divisé. Cette dispersion réduit mécaniquement les chances de chacun d’atteindre le second tour. Knafo a bien tenté de se présenter comme « le vote utile » capable d’unir la droite parisienne, mais ses adversaires refusent toute alliance avec le parti d’Éric Zemmour, jugé trop radical.

Enfin, la candidate se heurte à une contradiction stratégique. Sa campagne cherche à lisser son image et à apparaître comme moderne et souriante, mais son ancrage politique reste associé à une droite très dure, parfois qualifiée de plus radicale encore que celle du Rassemblement national. Cette ambiguïté brouille son message : trop radicale pour certains électeurs de droite, pas assez crédible pour ceux qui cherchent une alternative gouvernementale.

Au fond, la « grande désillusion » de Sarah Knafo est peut-être celle d’une génération politique qui pensait conquérir Paris par la communication et la nouveauté. La capitale est une ville politique complexe, structurée par des équilibres anciens et une sociologie particulière. Elle ne se conquiert ni en quelques mois de campagne ni avec une stratégie médiatique brillante.

Reste que pour la jeune eurodéputée, l’objectif n’était peut-être pas uniquement l’Hôtel de Ville. Pour beaucoup d’observateurs, la bataille parisienne sert surtout de vitrine nationale : un banc d’essai pour préparer les échéances politiques à venir, notamment la présidentielle de 2027.

Paris ne sera peut-être pas son triomphe. Mais dans le théâtre politique français, même une défaite peut être une étape.

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Politik

Emmanuel Grégoire ou Rachida Dati, que feront les Parisiens au second tour des municipales ?

Car Paris est une ville électoralement complexe, presque imprévisible. Elle vote souvent à gauche, mais reste sociologiquement très contrastée. Les arrondissements centraux et l’est parisien ont largement basculé dans un électorat urbain, diplômé et sensible aux enjeux écologiques, ce qui donne à la gauche un avantage structurel. Emmanuel Grégoire peut compter sur ce socle, ainsi que sur les électeurs écologistes qui, malgré leurs divergences avec la majorité sortante, auront du mal à soutenir la candidate de la droite. Dans cette logique, un rassemblement de la gauche au second tour pourrait lui offrir une dynamique solide.

Mais la politique parisienne ne se résume jamais à une simple addition de voix. La capitale reste aussi marquée par une droite solide dans l’ouest et le centre bourgeois, où Rachida Dati dispose d’un électorat fidèle et mobilisé. Son discours sur la sécurité, la propreté ou la gestion de l’espace public parle à une partie croissante des habitants qui estiment que la ville s’est transformée trop vite et parfois de manière désordonnée. Dans ces quartiers, l’idée d’un changement de cap après douze ans de gouvernance socialiste trouve un écho réel.

Le second tour dépendra donc surtout des reports de voix et des configurations d’alliance. Si les différentes forces de gauche se regroupent derrière Emmanuel Grégoire, la logique arithmétique pourrait lui être favorable. Mais si certaines listes décident de se maintenir ou si l’électorat du centre hésite entre continuité et rupture, la candidate de droite pourrait profiter d’un paysage fragmenté. Dans une triangulaire ou une quadrangulaire, chaque pourcentage comptera et l’écart pourrait être extrêmement serré.

Au fond, ce duel dépasse largement les deux candidats. Il reflète deux visions opposées de la capitale. D’un côté, une ville qui poursuit sa mutation écologique, avec moins de voitures, plus de pistes cyclables et une transformation de l’espace urbain. De l’autre, une ville qui reviendrait à une gestion plus classique, davantage centrée sur l’ordre, la circulation et l’équilibre entre les usages. Entre ces deux modèles, les Parisiens devront décider ce qu’ils veulent vraiment pour leur quotidien.

Ce qui rend cette élection passionnante, c’est que rien n’est joué d’avance. Paris est capable de confirmer une tendance comme de créer une surprise politique. Les électeurs peuvent choisir la continuité avec Emmanuel Grégoire, tenter l’alternance avec Rachida Dati ou encore disperser leurs voix dans une configuration éclatée qui rendrait le résultat totalement imprévisible. Une chose est sûre : au soir du second tour, ce ne sera pas seulement le nom du prochain maire qui sera décidé, mais aussi la direction que prendra la capitale française pour les années à venir.

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Cinéma

Quel est le film le moins rentable de l’histoire du cinéma français ? Les Dalton (2004)

À l’époque de sa production, l’objectif est clair : créer une adaptation spectaculaire de l’univers imaginé par Morris, le créateur de Lucky Luke, en misant sur un casting comique populaire. Le film réunit notamment Éric Judor et Ramzy Bedia, alors très populaires auprès du public français. L’idée semble prometteuse : transposer l’humour absurde du duo dans un western burlesque inspiré de la bande dessinée. Mais la mécanique économique du cinéma ne pardonne pas lorsque l’écart entre l’investissement et les recettes devient trop grand.

Le budget du film atteint environ 27 millions d’euros, une somme très importante pour une comédie française au début des années 2000. À titre de comparaison, la majorité des comédies françaises de l’époque coûtent entre 5 et 10 millions d’euros. Ce budget élevé s’explique par la volonté de produire un film visuellement ambitieux : décors de western, nombreux costumes, effets spéciaux et tournage international. L’équipe espère alors que le succès populaire de l’univers Lucky Luke permettra de compenser cet investissement.

La réalité du box-office sera beaucoup plus brutale. En France, Les Dalton attire environ 1,6 million de spectateurs. Ce score peut sembler honorable, mais il est insuffisant pour amortir un budget aussi élevé. Les recettes françaises sont estimées autour de 10 à 11 millions d’euros, et les recettes internationales restent marginales. Au total, le film ne génère qu’environ 12 millions d’euros de recettes mondiales, ce qui signifie une perte estimée à plus de 15 millions d’euros pour les producteurs et les investisseurs. Dans une industrie où les salles et les distributeurs prélèvent une grande partie des recettes, un film doit souvent réaliser au moins le double de son budget pour devenir rentable. Les Dalton en est resté très loin.

Au-delà des chiffres, l’échec du film s’explique aussi par une réception critique très négative. La presse reproche au film un humour jugé lourd, un scénario chaotique et une esthétique parfois kitsch qui trahit l’esprit original de la bande dessinée. Le mélange entre parodie absurde et western familial désoriente une partie du public. Beaucoup de spectateurs ne savent pas vraiment à qui s’adresse le film : enfants, amateurs de bande dessinée ou fans du duo comique. Cette ambiguïté marketing fragilise la sortie en salles.

L’échec de Les Dalton révèle aussi une tension structurelle du cinéma français : la difficulté de produire des films très coûteux pour un marché national relativement limité. La France reste l’un des rares pays d’Europe capables de financer des productions ambitieuses grâce aux aides publiques, au système du CNC et aux préachats des chaînes de télévision. Mais ce modèle peut parfois conduire à des projets dont l’ampleur dépasse la réalité du marché. Lorsqu’un film dépasse les vingt millions d’euros de budget, il doit atteindre plusieurs millions d’entrées pour espérer rentrer dans ses frais. Or très peu de films français franchissent ce seuil chaque année.

Le cas de Les Dalton est ainsi devenu une sorte de leçon industrielle. Il rappelle que la popularité d’une bande dessinée ou d’un acteur ne garantit jamais le succès d’un film. Il montre aussi qu’un blockbuster « à la française » doit trouver un équilibre délicat entre ambition artistique, humour accessible et contrôle des coûts de production.
Aujourd’hui encore, plus de vingt ans après sa sortie, Les Dalton reste régulièrement cité dans les analyses économiques du cinéma comme l’un des plus grands flops financiers du cinéma français. Loin d’être une simple anecdote, cet échec raconte une histoire plus large : celle d’un cinéma qui cherche parfois à rivaliser avec les grandes machines hollywoodiennes, mais dont le marché reste profondément différent.

En définitive, Les Dalton n’est pas seulement un mauvais résultat au box-office. C’est un rappel brutal d’une règle simple du cinéma : entre ambition artistique et réalité économique, l’équilibre est fragile. Et lorsqu’il se rompt, un film peut rapidement entrer dans l’histoire… mais pour de mauvaises raisons.

Philippe Haïm né en 1963, réalisateur et scénariste français, s’est imposé avec des thrillers comme Barracuda et Secret défense avant de devenir une figure importante de la réalisation de séries policières françaises, notamment Engrenages.

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Derniers articles culture et société

Musik

Esther Abrami, ou la révolution douce du violon classique

Formée dans les institutions les plus exigeantes, notamment au Royal College of Music, elle maîtrise parfaitement les codes d’un monde qui valorise la rigueur, la discrétion et une certaine forme d’effacement derrière l’œuvre

Mais au lieu de s’y enfermer, elle décide très tôt de déplacer le cadre. Car Esther Abrami a compris quelque chose que beaucoup refusent encore d’admettre : aujourd’hui, le talent ne suffit plus s’il n’est pas vu, entendu, incarné.

Son violon, devient alors bien plus qu’un instrument, un vecteur narratif. Sur Instagram ou TikTok, elle ne simplifie pas le classique, elle le met en scène. Lumière, cadrage, présence, regard : tout est pensé pour faire exister la musique dans un monde saturé d’images. Là où certains crient à la trahison, elle propose une évidence : si la musique classique ne se montre pas, elle disparaît. Et dans cette tension entre tradition et modernité, elle trouve une ligne de crête rare, où l’exigence artistique ne cède jamais à la facilité, mais accepte enfin de dialoguer avec son époque.

Ce qui frappe chez elle, c’est précisément cette lucidité. Elle n’oppose pas Johann Sebastian Bach à la modernité, ni Antonio Vivaldi aux formats courts. Elle les réinscrit dans un flux contemporain, sans les dénaturer. Elle comprend que le problème du classique n’est pas sa complexité, mais son isolement. Et plutôt que de défendre une citadelle assiégée, elle ouvre les portes.

Mais derrière l’image maîtrisée, derrière les millions de vues et les vidéos impeccables, il y a autre chose : une volonté de transmission. Une nécessité presque politique de rendre visible ce qui, trop longtemps, ne l’a pas été. Et c’est là que son prochain geste prend tout son sens. Car avec la sortie annoncée le 10 avril de son livre La musique est (aussi) une affaire de femmes, Esther Abrami franchit un cap décisif. Elle ne se contente plus de jouer ni de montrer : elle prend la parole. Et cette parole n’est pas neutre. Elle vient interroger une histoire du classique longtemps écrite au masculin, mettre en lumière des trajectoires invisibilisées, et rappeler que le talent n’a jamais été une question de genre, mais souvent une question d’accès, de reconnaissance et de regard.

Ce livre n’est pas un simple prolongement de carrière, ni un objet éditorial opportuniste. C’est un positionnement. Une affirmation. Presque un manifeste. En s’emparant de cette question, Esther Abrami ne cherche pas à opposer, mais à rééquilibrer. À dire que la musique classique, si elle veut survivre, ne peut plus ignorer celles qui la font vivre, la pensent, la transforment. Et dans un paysage culturel encore traversé par des inerties profondes, cette prise de parole arrive au bon moment.

Elle confirme surtout une chose essentielle : Esther Abrami n’est pas seulement une musicienne brillante, ni une communicante habile. Elle est en train de devenir une voix. Et avec La musique est (aussi) une affaire de femmes, elle donne à cette voix une portée qui dépasse largement le cadre du violon.

https://estherabrami.com/
https://www.instagram.com/estherabrami/
https://www.youtube.com/user/estherabrami
https://fr.wikipedia.org/wiki/Esther_Abrami

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Juliette’s Art

Et si Thierry Marx arrêtait la Cuisine pour se consacrer à la Peinture ?

Je reviens avec plus de couleurs sur de tous petits détails du dessin. Je passe par des endroits plus petits que petits, plus fins presque invisibles. Je deviens la chirurgienne de mon espace graphique. Je suis dans le perfectionnisme, le peaufinement, l’infiniment petit. Je veux de l’orfèvrerie graphique, de la haute couture dans le dessin, le détail en pied d’estal, l’infiniment délicat, précis.

Peindre, dessiner c’est comme cuisiner. Placer les couleurs et les formes au bon endroit, chercher, expérimenter, MAIS cela ne se mange pas. C’est une image qui reste, elle a le pouvoir de nourrir l’âme.

"Tu transformes des pensées en dessin et moi je transforme la matière brute, (légumes, textures, liquides) en formes nouvelles. " me dit Thierry Marx en me déposant un panier de légumes bio près de mon carnet de dessin.

Moi : J’adore les couleurs de ces légumes ! Tu sais Thierry quand tu métamorphoses le réel c’est un peu comme observer un peintre travailler une toile. Ton extrême attention au détail est fascinante.

Thierry Marx : N’est-ce pas au fond ce qui nous rapproche Juliette ? Ce respect presque amoureux de la matière, de la couleur, de la forme, et du geste ?

Moi : Je remarque surtout que nous avons la même exigence de travaille. De la rigueur, de la discipline et une vie presque ascétique.

Thierry Marx : Je crois que cela vient aussi de notre pratique sportive quotidienne Juliette. Du haut niveau par tous les temps, au fil des saisons et peu importe notre forme du moment.

Moi : Ne rien lâcher fait partie de notre philosophie de vie et de création.

Thierry Marx : Le sport nous enseigne qu’un geste doit être répété des centaines de fois pour qu’il devienne parfait. La maîtrise vient de la répétition.

Moi : Je n’ai jamais été un ancien parachutiste militaire tout comme toi Thierry, mais mon organisation est très structurée et ma concentration totale pendant la création.

Thierry Marx : Nous travaillons avec une forme de concentration presque méditative. Cette discipline forte et intérieure, nous projette dans un état mental indescriptible. Le monde a dû mal à l’imaginer. C’est un pouvoir, c’est une chance Juliette, un cadeau que la vie nous offre. Soyons à la hauteur et faisons chaque jour de notre mieux.

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Incasable

Pourquoi les gens font-ils autant la morale sur les réseaux sociaux ?

La première raison est simple : la morale donne du pouvoir. Sur Internet, tout le monde peut devenir juge sans compétence particulière. Il suffit d’un tweet, d’un commentaire ou d’un post pour se placer du côté du “bien”. Celui qui fait la morale occupe une position confortable, il n’expose pas sa vie, il évalue celle des autres. C’est une forme de domination symbolique très facile.

Deuxième moteur, le besoin de reconnaissance sociale. Les réseaux fonctionnent à la récompense immédiate, likes, partages, commentaires. Une indignation morale attire souvent beaucoup d’attention. Dire “ce n’est pas acceptable”, “c’est honteux”, ou “il faut dénoncer cela” est souvent plus viral que proposer une réflexion nuancée. La morale devient alors un spectacle.

Troisième facteur, la simplification du monde. Les réseaux sociaux compressent la complexité en quelques lignes. Dans ce format, les nuances disparaissent. Les situations deviennent rapidement des oppositions simples : bien contre mal, victime contre coupable, progressiste contre réactionnaire. La morale sert alors de raccourci pour juger sans vraiment comprendre.

Il faut aussi parler d’un phénomène psychologique : la morale comme mise en scène de soi. Sur les réseaux, chacun fabrique une image publique. Montrer qu’on est du “bon côté” des débats est une manière de se construire une identité morale. Ce n’est plus seulement penser quelque chose, c’est le montrer.

Enfin, il y a un élément plus profond : la disparition des espaces de discussion lente. Autrefois, les idées se construisaient dans les livres, les journaux, les conversations longues. Aujourd’hui, beaucoup de débats passent par des réactions immédiates. Or la morale instantanée est plus rapide que la réflexion.

Résultat : les réseaux sociaux deviennent parfois une immense machine à juger. Chacun surveille chacun, corrige chacun, dénonce chacun. Mais cette inflation morale produit souvent l’effet inverse de celui recherché : plus il y a de jugements, moins il y a de dialogue réel.

La morale en ligne n’est pas toujours mauvaise — elle peut aussi révéler des injustices ou faire émerger des causes légitimes. Mais lorsqu’elle devient permanente, elle transforme les réseaux sociaux en tribunal permanent où l’on parle plus pour condamner que pour comprendre.

Et c’est peut-être là le paradoxe, plus les gens font la morale en ligne, moins la morale semble vraiment vécue dans la réalité.

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People

Hommage à Bruno Salomone disparu bien trop tôt à 55 ans

Chez lui, tout semblait naturel : le décalage, la douceur, la fantaisie. Il avait ce mélange assez unique de drôlerie et de délicatesse, comme si l’humour était avant tout une manière élégante de regarder le monde.

Je garde de lui un souvenir très personnel. C’est Bruno qui, un jour, presque en passant, m’a appris que j’étais misophone. Ce trouble étrange qui fait que certains bruits, mastication, frottements, sons répétitifs, deviennent insupportables pour celui qui les perçoit. Là où d’autres auraient fait une blague lourde ou balayé la chose, lui avait posé des mots simples, presque bienveillants. Comme si comprendre les petites singularités des autres faisait naturellement partie de sa manière d’être.

C’était ça Bruno, un type attentif aux détails humains.

Le grand public l’avait découvert avec Nous C Nous, mais sa carrière avait largement dépassé ce cadre. Télévision, cinéma, doublage, comédie : il avait su traverser les années sans jamais devenir un simple produit de nostalgie. Toujours un pas de côté, toujours une façon à lui d’habiter les rôles.

Et surtout, ceux qui l’ont croisé disent souvent la même chose : un super mec. Pas une formule creuse. Juste quelqu’un de simple, curieux, drôle, qui ne jouait pas au personnage hors scène.

Il est parti beaucoup trop jeune, comme c’est trop souvent le cas pour les artistes qui comptent vraiment. Mais il laisse derrière lui ce qui reste quand tout le reste disparaît : des souvenirs, des répliques, des moments de rire, et cette sensation que certaines personnes améliorent légèrement le monde par leur seule présence.
Bruno Salomone faisait partie de ces gens-là.
Et ça, ça ne meurt pas vraiment.

Bruno Salomone était un comédien et humoriste français né le 13 juillet 1970 à Villeneuve-Saint-Georges. Il se fait connaître au début des années 1990 au sein du collectif humoristique Nous C Nous aux côtés notamment de Jean Dujardin. Son humour absurde et son sens du personnage lui ouvrent rapidement les portes de la télévision et du cinéma. Le grand public l’adopte notamment grâce à la série culte Caméra Café. Artiste discret et apprécié de ses pairs, il laisse l’image d’un comédien fin, drôle et profondément humain. Il est parti des suites d’une longue maladie, comme on dit.

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Politik

Oumarou Doucouré, l’homme qui peut ouvrir une nouvelle ère à La Courneuve

Ce qui frappe d’abord chez Oumarou Doucouré, c’est son ancrage. Il n’est pas un parachuté, ni un professionnel de la politique venu d’ailleurs. Il appartient à cette génération d’élus issus directement du territoire. Il connaît les rues, les quartiers, les associations, les écoles. Comme beaucoup d’habitants de La Courneuve, il a grandi dans un environnement marqué par les défis sociaux mais aussi par une énergie collective remarquable. Cette proximité avec la ville et ses habitants nourrit sa manière de faire de la politique : une politique de terrain, patiente, attentive, loin des postures et des effets de tribune.

Au fil des années, Doucouré s’est construit une réputation solide. Ceux qui le connaissent parlent d’un homme posé, méthodique, capable d’écouter longtemps avant de décider. Dans une époque où la politique se transforme souvent en spectacle permanent, ce style presque classique peut surprendre. Mais c’est précisément ce qui fait sa force. Il incarne une forme de sérieux municipal, un sens du travail et du service public qui rassure une partie de l’électorat.

Sa campagne municipale s’est construite autour d’une idée simple : améliorer concrètement la vie quotidienne. Derrière les slogans, il parle surtout d’écoles, de rénovation urbaine, d’emploi pour les jeunes, de soutien aux associations et de qualité de vie dans les quartiers. Pour lui, la politique municipale n’est pas un laboratoire idéologique mais un travail précis, presque artisanal, au service des habitants. Cette approche pragmatique explique en partie le succès rencontré lors du premier tour.

La campagne n’a pourtant pas été simple. La gauche locale, historiquement dominante à La Courneuve, s’est présentée divisée. Plusieurs candidats se disputaient le même espace politique et les échanges ont parfois été tendus. Dans ce contexte, Doucouré a choisi une stratégie relativement calme : parler aux habitants plutôt que répondre aux polémiques. Porte-à-porte, réunions publiques, présence constante sur le terrain : il a mené une campagne très directe, presque traditionnelle, qui a visiblement porté ses fruits.

Son avance au premier tour lui donne aujourd’hui une position centrale dans la bataille municipale. Mais au-delà du simple résultat électoral, son parcours raconte aussi quelque chose de l’évolution politique des villes populaires. Une nouvelle génération d’élus, issus des quartiers eux-mêmes, cherche à prendre le relais des anciennes figures de la gauche municipale. Doucouré appartient clairement à cette génération : celle qui veut conjuguer héritage social et renouvellement politique.

Pour beaucoup d’habitants de La Courneuve, cette élection ressemble à un moment charnière. La ville change, se transforme, se reconstruit. Les grands ensembles se rénovent, de nouveaux habitants arrivent, les attentes évoluent. Dans ce contexte, l’enjeu dépasse largement la simple gestion municipale : il s’agit de définir le visage de La Courneuve pour les années à venir.

Oumarou Doucouré semble avoir compris cette attente. Sans effets de manche, sans promesses démesurées, il propose une vision de la ville fondée sur la solidarité, la dignité et la confiance dans les habitants eux-mêmes. C’est peut-être cette simplicité, presque rare dans la politique contemporaine, qui explique son succès au premier tour.
Reste maintenant le second tour, toujours imprévisible dans les municipales.

Mais une chose est certaine, Oumarou Doucouré est aujourd’hui devenu l’un des visages majeurs de l’avenir politique de La Courneuve. Une figure de transition, mais peut-être aussi d’ambition, pour une ville qui cherche depuis longtemps à conjuguer justice sociale et renouveau urbain.

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Arts

Les vents passent mais les Wampas c’est pour la vie

« Les chansons sur toi »sont comme les articles sur eux, c’est pour la vie ! Des mots remplis de soleil, un ciel bleu dans l’énergie. « Les Coronados »
Des étoiles plein les yeux, on s’enlace,on se balance un morceau incontournable et rassembleur.
L’amour, l’amitié, le cyclisme, le refus des abrutis, la liberté des choix et des envies, ils nous offrent sur un plateau musical une fois n’est pas coutume leur ADN simple et tendre.

Pour avoir eu la chance d’être au devant de la scène au début de leur tournée j’en suis reparti rajeuni. Nous y découvrons une set list faite de leurs tubes connus de tous associés à de nouveaux morceaux. L’ordre des compositions offre un élan à l’énergie bluffante, le rythme ne faiblit pas une seconde, le tout à fond s’enchaîne pour le plaisir de tous. Les Wampas ont 20 ans sur scène, Effello a peut-être rajeuni le groupe ou le groupe a voulu lui montrer que le rock offre la jeunesse éternelle, dans les deux cas nous en sommes tous gagnants.
« Punk ouvrier » Jamais ajouté sur un album du groupe, ils ont eu la bonne idée de mettre ce tube à sa plus belle place… Du Wampas !
Les 15 morceaux défilent comme un TGV que l’on ne voudrait jamais voir s’arrêter et nous rappellent que le groupe n’est pas prêt à rentrer sa locomotive en gare. Didier Wampas voltigeur hors pair, son énergie ne laisse aucun doute possible sur le fait qu’il soit heureux de nous rendre heureux.
Pour rendre la tournée encore plus belle s’ajoute le plaisir immense de retrouver Nico derrière sa batterie, les sourires de Jean-Michel et de Tony en disent longs…
Les Wampas nous aiment et nous aimons les Wampas pour toute la vie.

Pour y découvrir l’album Où va nous ? Le shop et toutes les actualités

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